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Vidéosurveillance au Luxembourg : ce que la CNPD impose, en pratique

Depuis le 25 mai 2018, plus besoin d’autorisation de la CNPD pour poser des caméras. En échange, le RGPD vous rend responsable de chaque choix : angle, panneau, durée, accès aux images. Ce guide résume les lignes directrices de la CNPD, actualisées le 10 avril 2024, pour un particulier, un commerce ou une copropriété.

Ce qui a changé le 25 mai 2018

Avant le RGPD, toute installation de vidéosurveillance devait être autorisée au préalable par la CNPD. Depuis le 25 mai 2018, cette autorisation n’existe plus : vous installez sous votre propre responsabilité, et la CNPD contrôle a posteriori, sur plainte ou de sa propre initiative.

La contrepartie est simple : chaque obligation ci-dessous doit pouvoir être démontrée sur demande — pourquoi cette caméra, pourquoi cet angle, combien de temps vous gardez les images et qui peut les voir. La CNPD a publié des lignes directrices en 2018, actualisées le 10 avril 2024 pour tenir compte de ses propres décisions et de celles du Comité européen de la protection des données.

Qui est concerné : particulier, entreprise, copropriété

Un particulier qui filme uniquement l’intérieur de sa maison ou son jardin clos, pour un usage strictement personnel, reste dans l’« exception domestique » du RGPD. Dès que la caméra capte, même partiellement, la voie publique, un trottoir, l’entrée d’un voisin ou une partie commune, cette exception tombe : la Cour de justice de l’Union européenne l’a jugé en 2014 (arrêt Ryneš, C-212/13), et les règles ci-dessous s’appliquent entièrement.

Une entreprise, un commerce, un restaurant, un cabinet ou une association sont toujours concernés, quelle que soit leur taille. Une copropriété qui équipe ses parties communes l’est aussi : elle devient responsable du traitement, représentée par son syndic.

  • Sonnette vidéo : si elle filme la rue ou le palier commun, elle est soumise aux mêmes règles qu’une caméra.
  • Caméra factice : sans image traitée, pas de RGPD — mais rien n’est enregistré en cas d’incident.
  • Espaces privés d’autrui (logement loué, chambre, bureau attribué à un tiers) : les occupants s’attendent légitimement à ne pas être filmés ; la vidéosurveillance y est disproportionnée.

Une finalité précise, écrite avant de poser la première caméra

La CNPD demande de définir précisément la ou les finalités poursuivies avant l’installation, et de ne pas détourner ensuite le système vers un autre usage sans en informer les personnes. Les finalités admises sont concrètes : sécuriser les accès au bâtiment, assurer la sécurité du personnel et des clients, détecter des comportements suspects ou dangereux, protéger les biens (bâtiments, installations, matériel, marchandises, liquidités), faciliter l’intervention des secours.

La base légale est presque toujours l’intérêt légitime (article 6.1 f du RGPD), à trois conditions cumulatives : un intérêt réel (par exemple protéger le stock contre le vol), la nécessité (aucune solution moins intrusive raisonnablement disponible) et des droits des personnes filmées qui ne l’emportent pas. Le consentement n’est pas une base adaptée : on ne peut pas le recueillir auprès de tous les passants.

  • Exclu : vérifier que les salariés travaillent, respectent les horaires ou les consignes, ou se comportent bien avec les clients.
  • Exclu : filmer en continu une salle de restaurant ou de café — les clients y viennent pour se retrouver, pas pour être filmés.
  • À justifier au cas par cas : salles d’attente, abords du bâtiment, caisses, comptoirs d’accueil.

Le champ de vision : votre propriété, rien d’autre

Une caméra qui surveille un accès doit se limiter à la surface strictement nécessaire. Les caméras extérieures ne doivent capter ni la voie publique ni les propriétés voisines ; quand c’est inévitable, il faut masquer ou flouter les zones qui débordent — la plupart des caméras IP le permettent dans leur paramétrage, et c’est réglé à la mise en service.

Certains lieux sont exclus par principe, parce qu’on s’attend légitimement à ne pas y être filmé : vestiaires, sanitaires, douches, salles de pause et kitchenettes, postes de travail permanents (bureaux, ateliers, intérieur des cuisines), salles de consommation des restaurants et cafés, locaux de la délégation du personnel.

Le son est exclu : la vidéosurveillance porte sur les images seulement, et enregistrer aussi le son est jugé disproportionné. La surveillance continue et permanente des salariés est également à éviter.

Informer : un panneau à chaque entrée, et une notice complète

La CNPD recommande une information à deux niveaux. Premier niveau : un panneau de taille suffisante, affiché en permanence aux entrées et sorties principales de la zone filmée, lisible à hauteur de tête, avec un pictogramme. Il indique l’identité et les coordonnées du responsable, la ou les finalités, l’existence des droits des personnes, et renvoie au second niveau (lien, code QR, numéro de téléphone).

Second niveau : une notice complète reprenant toutes les informations de l’article 13 du RGPD (durée de conservation, destinataires, droits, réclamation à la CNPD…), disponible dans un endroit facilement accessible — à l’accueil, sur papier et pas seulement en ligne. Pour les salariés, une information spécifique s’ajoute (voir plus bas).

Le registre des traitements

La vidéosurveillance doit figurer dans le registre des traitements prévu par l’article 30 du RGPD, avec toutes les mentions exigées : finalités, catégories de personnes et de données, destinataires, durée de conservation, mesures de sécurité. C’est le premier document à présenter en cas de contrôle ou de plainte. Nous remettons un modèle pré-rempli avec chaque installation.

Combien de temps garder les images : 8 jours

Les images peuvent être conservées en principe jusqu’à 8 jours. Le responsable peut exceptionnellement les conserver 30 jours, à condition de documenter les raisons dans le registre. Au-delà de 30 jours, la conservation est généralement jugée disproportionnée.

En cas d’incident ou d’infraction, les images concernées peuvent être conservées au-delà, dans le cadre de leur transmission aux autorités judiciaires compétentes. Le responsable doit veiller à la destruction des images à l’échéance : la CNPD recommande un effacement automatique, que nous programmons dans l’enregistreur.

Qui peut voir les images, et comment les protéger

L’accès aux images doit être limité aux seules personnes qui, dans le cadre de leurs fonctions, ont légitimement besoin d’y accéder : mots de passe robustes, identifiants individuels, journalisation des accès pour savoir qui a consulté quoi, mesures techniques et organisationnelles de l’article 32 du RGPD.

Si un prestataire intervient sur le système — installateur, société de télésurveillance —, un contrat de sous-traitance conforme à l’article 28 est requis. Si les images sont stockées hors de l’Union européenne, y compris via un service cloud, les règles de transfert international s’appliquent.

Toute personne filmée peut demander l’accès aux images qui la concernent (article 15 du RGPD) ; la réponse est due dans le mois, en protégeant les tiers qui apparaissent à l’image. Les images ne se publient jamais sur les réseaux sociaux, même après un vol : elles se remettent à la police ou à la justice.

Au travail : l’article L.261-1 du Code du travail

Quand des salariés peuvent apparaître à l’image, la vidéosurveillance est un traitement « à des fins de surveillance dans le cadre des relations de travail », régi par l’article L.261-1 du Code du travail. L’employeur doit informer au préalable la délégation du personnel, en plus de chaque salarié : description détaillée de la finalité, modalités de mise en œuvre, durée ou critères de conservation, et engagement formel de ne pas utiliser les images à d’autres fins.

La délégation du personnel ou, à défaut, les salariés concernés peuvent, dans les 15 jours suivant cette information, demander à la CNPD un avis préalable sur la conformité du projet ; la CNPD répond dans le mois et la demande suspend la mise en œuvre pendant ce délai. Un salarié peut aussi introduire une réclamation auprès de la CNPD, et aucune réclamation ne peut justifier un licenciement.

Trois finalités relèvent en plus de la codécision entre l’employeur et la délégation du personnel (articles L.211-8, L.414-9 et L.423-1 du Code du travail) : la sécurité et la santé des salariés, le contrôle de la production ou des prestations lorsque c’est le seul moyen de déterminer le salaire exact, et l’organisation du travail selon un horaire mobile.

Faut-il une analyse d’impact (AIPD) ?

Une analyse d’impact relative à la protection des données est obligatoire quand le traitement est susceptible d’engendrer un risque élevé pour les personnes, et l’article 35.3 du RGPD vise expressément la surveillance systématique à grande échelle d’une zone accessible au public. Selon la CNPD, une AIPD sera nécessaire « dans de nombreux cas de recours à la vidéosurveillance » ; les critères européens retiennent notamment la présence de personnes vulnérables (salariés, enfants, personnes âgées), l’échelle, le caractère systématique et les technologies innovantes.

En pratique : pour une maison ou un petit commerce avec deux ou trois caméras sur ses accès, le risque est faible ; pour un magasin ouvert au public avec de nombreuses caméras, ou dès que des salariés sont filmés, l’analyse doit au minimum être documentée.

Contrôles et sanctions

La CNPD instruit les plaintes, mène des enquêtes et peut prononcer des amendes administratives (article 83 du RGPD), en plus d’ordonner la mise en conformité ou le retrait de caméras. Elle publie ses décisions, et plusieurs concernent précisément des systèmes de vidéosurveillance — par exemple des caméras filmant des postes de travail ou des zones de pause, l’absence de panneau ou une conservation trop longue. Ses lignes directrices de 2024 en tiennent compte.

Ce que nous remettons avec chaque installation

  • Plan d’implantation avec le champ de vision de chaque caméra et les zones masquées.
  • Panneaux d’information avec pictogramme, posés aux entrées filmées.
  • Modèle de registre des traitements pré-rempli pour votre installation.
  • Durée de conservation réglée dans l’enregistreur, effacement automatique activé.
  • Comptes individuels, mots de passe et journal des accès configurés.
  • Aucun enregistrement sonore, aucune caméra dans les zones exclues.
Voir la prestation caméras de surveillance

Questions fréquentes

Dois-je déclarer mes caméras à la CNPD ?

Non. Depuis le 25 mai 2018, il n’y a ni autorisation ni notification à effectuer. Vous devez en revanche tenir un registre des traitements, informer par panneau et pouvoir justifier chaque choix en cas de contrôle.

Puis-je filmer le trottoir devant mon commerce ?

Non : la voie publique est exclue. Vous filmez votre porte et votre vitrine ; si l’angle déborde inévitablement, la zone est masquée dans les réglages de la caméra.

Combien de temps puis-je garder les enregistrements ?

8 jours en principe, 30 jours au maximum si la raison est documentée dans le registre. Plus longtemps seulement pour les images d’un incident transmises aux autorités.

Un client ou un salarié peut-il demander les images ?

Oui, c’est le droit d’accès de l’article 15 du RGPD : réponse dans le mois, avec les tiers protégés (floutage ou extrait limité). Un salarié peut aussi saisir la CNPD, sans que cela puisse justifier un licenciement.

Une sonnette vidéo est-elle concernée ?

Dès qu’elle capte la rue ou un palier commun, oui : mêmes règles de champ de vision, d’information et de conservation. Orientée sur votre seul seuil, elle reste dans l’exception domestique.

Qui est responsable dans une copropriété ?

La copropriété, représentée par le syndic : c’est elle qui tient le registre, pose les panneaux et répond aux demandes d’accès. Les caméras couvrent les parties communes, jamais les parties privatives.

Sources

  1. CNPD — Lignes directrices en matière de vidéosurveillance (mise à jour du 10 avril 2024)
  2. CNPD — Principe de nécessité et de proportionnalité (champ de vision, zones exclues, son)
  3. CNPD — Principe de transparence (information à deux niveaux)
  4. CNPD — Principe de limitation de la conservation (8 jours, 30 jours)
  5. CNPD — L’article L.261-1 du Code du travail
  6. CNPD — Analyse d’impact relative à la protection des données
  7. CJUE, arrêt Ryneš, affaire C-212/13 (11 décembre 2014)
  8. CEPD — Lignes directrices 3/2019 sur le traitement des données par des dispositifs vidéo

Guides pratiques

Des caméras conformes, posées par un électricien agréé

Étude gratuite, plan d’implantation et kit de conformité CNPD remis à la mise en service.